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La « bande des quatre », recomposition ou décomposition du système politique français?

En cette fin de campagne présidentielle saturée de sondages d’opinion, quatre candidats sont au coude à coude et obtiennent chacun environ 20% des intentions de vote : Marine Le Pen, Emmanuel Macron, François Fillon et Jean-Luc Mélenchon. Ces quatre candidats incarnent quatre offres politiques bien distinctes : une droite national-populiste (Marine Le Pen), un centre social-libéral et européen (Macron), une droite économiquement libérale et socialement très conservatrice (Fillon) et une gauche antilibérale et antieuropéenne (Mélenchon). Sommes-nous en train d’assister à une remise en cause du clivage droite-gauche et à une recomposition durable du paysage politique hexagonal ?

Ce quatuor de présidentiables, que certains commentateurs ont surnommé la « Bande des Quatre », n’est pas sans rappeler ce que le politologue Maurice Duverger appelait le « quadrille bipolaire » dans les années 1980. A cette époque, la vie politique française était en effet dominée par quatre grands partis : le PCF (extrême gauche), le PS (gauche), l’UDF (centre-droit) et le RPR (droite). Mais la situation actuelle est très différente. Le « quadrille bipolaire » des années 80-90 ne remettait pas en cause le clivage droite/gauche traditionnel puisqu’il opposait une coalition de gauche (PS et PCF) à une coalition de droite (RPR et UDF) : ces deux coalitions relativement stables ont permis des alternances droite/gauche au sommet de l’Etat pendant une vingtaine d’années. Or, la campagne présidentielle de 2017 brouille les repères et les clivages politiques traditionnels : seuls Mélenchon et Fillon assument un positionnement idéologique s’inscrivant dans les cadres classiques de la « gauche » et de la « droite ». Marine Le Pen et Emmanuel Macron sont plus difficiles à classer car ils cherchent à dépasser le clivage droite/gauche. En fait, dans cette présidentielle, on constate que les clivages politiques varient selon les questions envisagées. Sur l’économie, par exemple, Fillon et Macron sont plutôt libéraux tandis que Le Pen et Mélenchon sont antilibéraux, étatistes et protectionnistes. Sur les questions sociétales, en revanche, Mélenchon et Macron défendent une vision plus ouverte et plus progressiste, tandis que Le Pen et Fillon défendent une vision beaucoup plus conservatrice.

Il ne faut pas oublier que la campagne présidentielle met en avant des candidatures individuelles, et non des partis politiques. Or, il existe un gros décalage entre l’offre politique de la présidentielle et la façon dont s’organise le système partisan français. Le Parti Socialiste, même fortement divisé, reste à ce jour le premier parti politique à gauche : or, son candidat officiel, Benoît Hamon, ne fait même plus partie des favoris de la présidentielle et plafonne désormais à 9% des intentions de vote. Le Front National a peu d’élus locaux et ne dispose à ce jour que de deux députés à l’Assemblée nationale (dont un non encarté) alors que sa candidate, Marine Le Pen, est donnée en tête des intentions de vote. Le mouvement de Macron « En Marche ! » n’est pas un parti politique à proprement parler et ne dispose à ce jour d’aucun groupe parlementaire ; d’ailleurs, les nombreux socialistes ralliés à Macron n’ont pas démissionné du PS. Quant à la « France Insoumise » de Jean-Luc Mélenchon, c’est une nébuleuse de partis et de mouvements qui demeure assez peu structurée et peu centralisée. Parmi les quatre candidats favoris, seul François Fillon bénéficie de l’appui d’un parti puissant et structuré adossé à de vastes réseaux d’élus, mais cela ne doit pas faire oublier les divisions profondes qui rongent Les Républicains : le parti de droite est en effet tiraillé entre une aile « dure » qui soutient Fillon bec et ongles et une aile « modérée » qui avait soutenu Juppé lors de la primaire et qui, au fond, ne croit plus tellement à la victoire de Fillon.

La recomposition du système partisan français dépendra du résultat de la présidentielle et des législatives, mais il ne faut pas sous-estimer l’extraordinaire capacité de résistance des grands partis politiques. Ainsi, une victoire d’Emmanuel Macron entraînerait certainement un éclatement du Parti Socialiste ; mais si Macron est battu, il n’est pas impossible que les socialistes pro-Macron finissent par rentrer dans le rang et que le PS survive à la crise majeure qu’il est en train de traverser, en annonçant une énième « refondation ». Il est encore trop tôt pour parler d’une recomposition durable du champ politique français : en réalité, la campagne électorale est surtout révélatrice d’une « décomposition » du système politique : la grande popularité de Macron, de Mélenchon et de Le Pen est symptomatique d’un rejet des partis traditionnels. François Hollande a joué, peut-être sans le vouloir, un rôle déterminant dans cette décomposition : sa politique a brouillé les repères idéologiques de la gauche, exacerbé les divisions au sein du PS et favorisé la montée de candidats populistes comme Le Pen et Mélenchon. Quant à Macron, il peut apparaître comme un héritier du « hollandisme », à une différence près : Hollande pensait pouvoir mener une politique social-démocrate en s’appuyant sur une majorité de gauche ; Macron a pris acte des divisions de la gauche et entend gouverner en s’appuyant sur ce fameux « axe central » qui va de la gauche réformiste à la droite modérée en passant par les centristes.

À propos Francois-Xavier Bernard

Francois-Xavier Bernard
Membre du MoDem et fondateur du blog "Le Centriloque".
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