Ne ratez pas
Accueil » Actualités » Le “hollandisme”, qu’est ce que c’est?
François Hollande
Source: Europe 1

Le “hollandisme”, qu’est ce que c’est?

Lorsque François Hollande a annoncé qu’il ne serait pas candidat à sa propre succession en 2017, j’ai été soulagé. Pour que le pays avance, il faut en effet tourner la page de ce quinquennat qui a tant déçu les Français. Mais il est encore trop tôt pour dresser le bilan du « hollandisme ». L’annonce de la non-candidature de Hollande a eu le même effet qu’une démission : tout se passe comme si Hollande n’était déjà plus président. Le 10 décembre, un article du Monde annonçait même la « mort prématurée du hollandisme ». Pourtant, François Hollande est toujours président de la République. Il va rester à l’Elysée jusqu’en mai 2017 : six mois de présidence, ce n’est pas rien. De plus, le choix lucide et courageux de ne pas se représenter en 2017 va permettre à Hollande d’achever sereinement son mandat, puisqu’il est désormais libéré de toute préoccupation électoraliste. Certes, aucune grande réforme ne sera votée d’ici la fin du quinquennat, mais Hollande reste le garant des institutions, le chef des armées et le représentant de la France dans un contexte international ô combien difficile.

J’ai souvent été critique à l’égard de la politique menée par François Hollande, mais je n’ai jamais basculé dans le « Hollande-bashing ». Je ne me suis jamais permis d’attaquer Hollande sur sa personne. Je n’ai jamais pensé qu’il n’était « pas à la hauteur » ou qu’il n’avait pas « l’étoffe » d’un chef d’Etat. En 2012, comme de nombreux centristes, j’ai voté Hollande au second tour de la présidentielle, beaucoup plus par anti-sarkozysme que par adhésion au programme du candidat socialiste. Aujourd’hui encore, j’assume totalement ce choix. D’ailleurs, je ne peux pas dire que François Hollande m’a déçu, vu que je n’attendais pas grand-chose de lui dès le départ. En dépit des renoncements et des erreurs qui ont marqué son quinquennat, je pense que François Hollande n’a pas été un si mauvais président qu’on le dit. Hollande a de grandes qualités : c’est un humaniste et un progressiste viscéralement attaché aux valeurs républicaines. C’est aussi un pragmatique, un homme d’ouverture, de dialogue et de compromis. Et quand je pense aux crises terribles qu’il a dû affronter depuis 2012 à l’intérieur comme à l’extérieur de nos frontières, je me dis que d’autres responsables politiques n’auraient sans doute pas fait beaucoup mieux à sa place dans de telles circonstances.

Qu’est-ce donc que le « hollandisme » ? Difficile à dire. Ce n’est pas une doctrine politique, ni même un corpus d’idées bien définies. A mes yeux, le hollandisme pourrait être défini comme un réformisme prudent qui accorde au dialogue social un rôle tout à fait essentiel. François Hollande est l’héritier de Jacques Delors : c’est un authentique social-démocrate, réformiste et europhile. Mais ce qui manque à François Hollande, c’est une vision de la France. Hollande n’a pas su proposer aux Français un projet global et fédérateur. Il n’a pas su élaborer une feuille de route claire sur des sujets aussi fondamentaux que l’éducation, la fiscalité ou la transition énergétique, d’où l’image d’incohérence et d’improvisation que renvoie son quinquennat. Au bout du compte, Hollande n’a pas réformé grand-chose ; il a surtout essayé de s’adapter aux circonstances, en trahissant parfois ses ambitions initiales mais en restant toujours fidèle à ses valeurs et à ses principes. Le hollandisme est un opportunisme politique, un « chiraquisme de gauche » en quelque sorte. A ceci près que Jacques Chirac avait la capacité très gaullienne de rassembler au-delà des frontières de sa famille politique. François Hollande, lui, n’a pas réussi à rassembler : au contraire, il a exacerbé les fractures à l’intérieur de sa propre famille politique.

La grande erreur de François Hollande a été de croire qu’il pouvait mener une politique social-démocrate après avoir été élu sur un programme clairement marqué à gauche, à l’issue d’une campagne elle aussi très à gauche. On se souvient du discours du Bourget et des imprécations de Hollande contre le « monde de la finance ». On se souvient des promesses du candidat sur la mutualisation des dettes européennes, la « taxe à 75% » et le droit de vote des étrangers aux municipales. Ces promesses non tenues ont aujourd’hui un goût amer pour de nombreux électeurs de gauche. En outre, Hollande ne disposait pas de la majorité nécessaire pour mener la politique réformiste dans laquelle il croyait : prisonnier d’un Parti Socialiste archaïque et d’une gauche profondément divisée, Hollande a été contraint de naviguer à vue, face à une opinion publique qui n’a cessé de se « droitiser » à cause de la menace terroriste et de la « crise des migrants ». Quant à l’opposition, elle n’a clairement pas été à la hauteur de la situation : au lieu d’avoir une attitude constructive, la droite a préféré accabler l’exécutif et faire de la surenchère anti-Hollande pour préparer l’alternance en 2017.

Le moment venu, il faudra évidemment dresser le bilan du quinquennat Hollande, avec le recul nécessaire, non pour faire le procès de François Hollande, non pour l’accabler, mais pour tirer les leçons de ses échecs et de ses renoncements. Le fossé que l’on peut constater entre les ambitions initialement affichées par François Hollande et la réalité de son quinquennat doivent aussi nous faire réfléchir dans la perspective des élections à venir : qu’il soit de gauche ou de droite, un candidat qui se fait élire sur la base d’un programme très ambitieux finit toujours par trahir une partie de ses engagements. Les programmes les plus séduisants sont d’abord faits pour gagner une élection, rarement pour être appliqués à la lettre.

À propos Francois-Xavier Bernard

Francois-Xavier Bernard
Membre du MoDem et fondateur du blog "Le Centriloque".
x

Voir aussi

Champs Elysees

Champs Elysées : la réponse des Français

L’attentat des Champs Elysées vient s’ajouter à la longue et sinistre liste ...