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Marine Le Pen
Source: L'Express

Les populismes sont-ils dangereux?

De Marine Le Pen à Viktor Orban, de Syriza à Ukip, de Podemos à Pegida, on assiste depuis quelques années à une percée des mouvements dits « populistes » en Europe. Certains populismes sont aux portes du pouvoir, comme le Front National en France, mais d’autres l’ont déjà conquis, comme l’Union Civique Hongroise de Viktor Orban ou le parti Syriza en Grèce. Le phénomène touche également les Etats-Unis, avec la victoire inattendue de Donald Trump à la présidentielle. Mais qu’est-ce donc que le populisme ? Ce terme désigne-t-il un phénomène politique bien réel ou n’est-il qu’un épouvantail fabriqué par des élites « bien-pensantes » pour discréditer les mouvements jugés trop contestataires ?

Le populisme est une notion aux contours assez flous car il ne correspond pas à une doctrine politique particulière ; il s’agit plutôt d’une posture qui consiste à instrumentaliser politiquement la colère du « peuple ». Le populisme transcende les clivages politiques traditionnels : il existe en effet des populismes de gauche et d’extrême gauche, qui mettent plutôt l’accent sur le rejet du capitalisme, du patronat et des « possédants », tout comme il existe des populismes de droite et d’extrême droite, qui mettent en avant l’exaltation de la communauté nationale (on parle alors de « national-populisme »). Certains leaders appartenant à des familles politiques traditionnellement modérées peuvent aussi adopter un discours aux accents populistes, à l’instar de François Hollande lorsqu’il déclare, en 2012, que son adversaire est « le monde de la finance », ou de Nicolas Sarkozy lorsqu’il emprunte la rhétorique identitaire de l’extrême droite pour appâter les électeurs du Front National.

Malgré la grande hétérogénéité des mouvements populistes, on peut identifier au moins trois éléments communs à l’ensemble des populismes européens. Premièrement : une rhétorique « antisystème ». Les populistes prétendent en effet défendre le « peuple » contre des élites fantasmées, nécessairement incompétentes et corrompues. Deuxième caractéristique : l’instrumentalisation de toutes les colères. Selon l’historien Bertrand Joly, le populisme consiste en effet à fédérer les mécontents et les déçus du « système » en promettant tout, à tout le monde. De nos jours, le FN cherche par exemple à séduire les petits patrons, les agriculteurs, les ouvriers, les salariés précaires et tous les « laissés pour compte » de la mondialisation en multipliant les promesses électorales parfois contradictoires. Troisième caractéristique : les populistes proposent des solutions simplistes à des problèmes complexes. Pour cela, ils désignent d’abord des boucs-émissaires : « Bruxelles », l’euro, le grand patronat, « la finance », les immigrés, l’islam, etc. Cette stratégie de l’anathème permet de justifier des solutions simplistes qui revêtent l’apparence du bon sens mais qui sont, en fait, irréalistes : sortie de l’Union européenne, retour au protectionnisme, « immigration zéro », augmentation massive des impôts sur les profits des grandes entreprises, interdiction des « licenciements boursiers », etc.

La montée du populisme au sein de l’Union européenne est en grande partie liée à la crise financière de 2008 et à la « crise des migrants » ; elle s’explique aussi par le discrédit des partis traditionnels, dont l’image a été souillée par d’innombrables scandales politico-financiers. Elle s’explique, enfin, par l’arrogance d’une technocratie européenne déconnectée du quotidien des citoyens. La percée des partis populistes exprime incontestablement un rejet des élites et des partis traditionnels : on peut donc dire que les populismes sont des mouvements contestataires. Mais ce ne sont pas des mouvements révolutionnaires. Au contraire, ces mouvements sont plutôt conservateurs : le philosophe Vincent Coussedière définit en effet le populisme comme un conservatisme pouvant être identitaire ou socio-économique. Les populistes de gauche veulent conserver les acquis sociaux et refusent toute libéralisation de l’économie, tandis que les populistes de droite veulent conserver des valeurs traditionnelles et une « identité » qui serait menacée. En ce sens, les populismes apparaissent aujourd’hui comme une alternative aux partis de gouvernement classiques de centre-gauche et de centre-droit, qui sont plutôt libéraux et qui défendent la construction européenne et l’idée d’une société et d’une économie ouvertes. L’émergence des populismes brouille les repères politiques et fait apparaître de nouveaux clivages : aujourd’hui, l’opposition gauche/droite n’est peut-être pas la grille de lecture la plus pertinente pour comprendre ce qui se joue sur la scène politique européenne.

Les populismes sont-ils dangereux ? A priori, les mouvements populistes ne contestent pas ouvertement les institutions démocratiques et ne cherchent pas à prendre le pouvoir par la violence. Mais ces mouvements n’en sont pas moins dangereux pour la démocratie. Leur discours repose avant tout sur l’émotionnel et fait souvent appel aux instincts les plus vils des électeurs : le ressentiment, la haine, la peur. La montée des populismes fait basculer le débat public dans l’irrationnel et participe d’une certaine « dés-intellectualisation » du politique. En outre, les promesses démagogiques des populistes se révèlent souvent inapplicables dès qu’elles se heurtent au mur de la réalité : une fois au pouvoir, les leaders populistes trahissent leurs électeurs et abandonnent une partie de leur programme, comme l’a fait Tsipras en Grèce. Les électeurs déçus n’ont alors plus d’autres choix que de se détourner complètement de la politique ou de porter leurs suffrages sur d’autres partis encore plus extrémistes.

Les populismes sont également dangereux pour l’Europe, que beaucoup d’entre eux souhaitent déconstruire : les dysfonctionnements actuels de l’Union européenne leur servent de prétexte pour dénigrer le bienfondé du projet européen lui-même. Or, la désintégration de l’Europe serait une catastrophe économique et une terrible régression pour tous les peuples européens. Les nations européennes sont aujourd’hui interdépendantes économiquement ; l’intégration européenne a été pendant 60 ans un formidable facteur d’enrichissement et de développement pour tous les Etats membres. Faire croire au peuple que 28 nations européennes séparées seront plus fortes que lorsqu’elles étaient rassemblées, faire croire que le repli sur soi et la fermeture des frontières sont des gages de paix et de prospérité, faire croire que la sortie de l’euro permettra de renouer avec la croissance et avec l’emploi, ce n’est pas défendre les intérêts du « peuple », c’est mentir aux citoyens.

À propos Francois-Xavier Bernard

Francois-Xavier Bernard
Membre du MoDem et fondateur du blog "Le Centriloque".
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