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Macron aura-t-il une majorité pour gouverner?

Depuis le début de la campagne présidentielle, Emmanuel Macron est la cible d’attaques incessantes : il n’a « pas de programme », son discours est « creux », il est le candidat de la finance et des lobbys, de « l’islamisme » et du « communautarisme », il n’a « pas d’expérience », c’est un « clone » de François Hollande, il dit « oui » à tout le monde, il affirme « tout et son contraire ». Bref, tous les arguments sont bons pour discréditer Macron. Mais chez les fillonistes, la tactique anti-Macron la plus utilisée consiste à faire croire que le candidat n’aura « pas de majorité parlementaire » pour gouverner. Fillon se présente même comme le seul candidat qui disposera, une fois élu, d’une majorité solide et cohérente.

Venant des fillonistes, l’argument a de quoi faire sourire : parmi tous les candidats de la présidentielle, Fillon est sans doute celui qui a la légitimité la plus fragile au sein de son propre camp ! Il n’y a pas si longtemps, le « Penelope Gate » provoquait un véritable exode chez les partisans de Fillon : pendant que l’UDI « suspendait » son soutien au candidat, de nombreux élus de droite réclamaient un « plan B ». Au prix d’un long marchandage, Fillon a réussi à replâtrer son camp dans l’urgence mais il y aura des séquelles. Par ailleurs, le camp des fillonistes n’est pas unifié d’un point de vue idéologique : en cas de victoire, Fillon disposera d’une majorité sur le papier, mais dans les faits, il devra jouer les équilibristes en permanence pour trouver des compromis boiteux entre les centristes europhiles de l’UDI et la droite ultraconservatrice et souverainiste du mouvement « Sens Commun »…

Macron aura-t-il une majorité pour gouverner s’il est élu président ? Sous la Cinquième République, tous les présidents nouvellement élus ont disposé d’une majorité à l’Assemblée nationale. Les élections législatives auront lieu en juin 2017, c’est-à-dire un mois après la présidentielle, et il ne fait aucun doute que les Français donneront une majorité au président qu’ils auront choisi. Inutile, donc, de brandir l’épouvantail d’une France « ingouvernable » pour effrayer les électeurs tentés par le vote Macron. Si Macron est élu président de la République, son mouvement politique investira, dans toutes les circonscriptions, des candidats estampillés « En Marche ! » : Macron a d’ailleurs mis en place une commission d’investiture présidée par Jean-Paul Delevoye, et a déclaré que 50% des candidats seraient issus de la société civile.

Que se passera-t-il si le mouvement d’Emmanuel Macron n’obtient qu’une majorité relative aux élections législatives ? Il formera une coalition gouvernementale, comme cela se fait dans de nombreuses démocraties européennes. Compte tenu de son positionnement central, Macron devrait logiquement trouver des soutiens dans les rangs de la gauche réformiste et du centre-droit : dans ces conditions, il est tout à fait envisageable qu’une partie des députés PS, LR et UDI constituent des groupes parlementaires ad hoc pour soutenir l’action du gouvernement. Cela s’est déjà fait sous la Cinquième République : en 1988, une quarantaine de députés UDF ont constitué un groupe parlementaire autonome baptisé UDC (Union du Centre) pour soutenir l’action du gouvernement Rocard.

Emmanuel Macron ne raisonne pas en termes d’appareils politiques : il veut bâtir une « majorité d’idées », et non s’appuyer sur un « clan ». C’est la raison pour laquelle il entend faire travailler ensemble des réformistes issus de la gauche, de la droite et du centre. Or, les convergences idéologiques entre les sociaux-démocrates du PS, les modérés de LR et les centristes sont évidentes : la majorité « centrale » ainsi constituée sera sans doute plus cohérente idéologiquement que la majorité replâtrée que les fillonistes essaient de nous vendre.

À propos Francois-Xavier Bernard

Francois-Xavier Bernard
Membre du MoDem et fondateur du blog "Le Centriloque".
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