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JL Mélenchon

Mélenchon est-il dangereux?

Une élection présidentielle ne se joue pas seulement sur des programmes : les citoyens élisent d’abord un homme, une personnalité, et une « certaine idée de la France ». Jadis, le fondateur du Parti de Gauche aimait chanter l’Internationale pendant ses meetings, il faisait l’apologie du régime castriste et de la Chine communiste, il dénonçait avec virulence l’impérialisme américain et ne cachait pas son admiration pour le défunt président vénézuélien Hugo Chavez. Mais Jean-Luc Mélenchon semble aujourd’hui beaucoup plus apaisé : le tribun de la gauche antilibérale a en effet purgé son discours des références révolutionnaires les plus controversées, de même qu’il a remplacé l’Internationale par la Marseillaise à la fin de ses meetings. S’agit-il d’un apaisement de façade ou d’un vrai virage idéologique ? Difficile à dire. Et c’est bien le problème avec Mélenchon : il n’a jamais vraiment choisi entre la voie réformiste et la voie révolutionnaire. Même si le côté « jaurésien » du personnage peut avoir quelque chose de rassurant, et même si les valeurs de justice et de fraternité qu’il met en avant sont des valeurs éminemment républicaines, n’oublions pas que Mélenchon a cherché pendant des années à minimiser les crimes du communisme réel. Cela devait tout de même être rappelé… Mais qu’en est-il du Mélenchon version 2017 ?

Mélenchon est d’abord le candidat du laxisme budgétaire. Son programme comporte une multitude de promesses particulièrement onéreuses : retraite à 60 ans, augmentation des minimas sociaux et des pensions de retraite, création de 200.000 postes supplémentaires dans la fonction publique, revalorisation du traitement des fonctionnaires, remboursement intégral des soins médicaux prescrits, sortie du nucléaire, plan de relance de 100 milliards d’euros, sans oublier la nationalisation de plusieurs sociétés (dont les sociétés d’autoroute). L’Institut Montaigne a établi un chiffrage rigoureux et détaillé du programme des principaux candidats à l’élection présidentielle ; or, d’après cette étude, le programme de Jean-Luc Mélenchon représenterait 208 milliards d’euros de dépenses publiques supplémentaires. Les économies budgétaires annoncées par le candidat sont largement surévaluées : Mélenchon annonce 13 milliards d’euros d’économies mais l’Institut Montaigne n’en retient que 8 milliards. La hausse des recettes semble, elle aussi, avoir été surévaluée par le candidat : Mélenchon annonce 122 milliards d’euros de recettes supplémentaires grâce à la réforme de l’impôt sur le revenu, à la suppression du CICE, à l’augmentation de l’ISF et à la création d’une taxe sur les transactions financières, mais l’Institut Montaigne estime plutôt à 85 milliards d’euros les recettes supplémentaires générées par ces différentes mesures. Si l’on retient le chiffrage de l’Institut Montaigne, le programme de Mélenchon entraînerait donc un déficit cumulé de plus de 100 milliards d’euros. Autrement dit, le programme de Mélenchon sera financé à coups de dette publique.

Mélenchon est aussi le candidat du protectionnisme. Fustigeant les politiques de libre-échange, le candidat de la France Insoumise défend « un protectionnisme solidaire au service de l’intérêt général contre les multinationales et la mondialisation financière ». Mélenchon envisage effectivement d’augmenter les droits de douane sur les produits venant des pays qui ne respectent pas certaines normes sociales ou environnementales. Cette politique protectionniste est conçue comme une sorte de cercle vertueux qui permettrait de protéger la production française tout en favorisant le développement des pays du Sud par des coopérations économiques et des transferts de technologies. Dans un premier temps, Mélenchon entend privilégier un protectionnisme à l’échelle européenne, mais s’il n’est pas écouté par ses partenaires européens il n’exclut pas d’instaurer un protectionnisme à l’échelle nationale. En fait, le « protectionnisme solidaire » que défend Mélenchon ressemble beaucoup au « protectionnisme intelligent » promu par Marine Le Pen : dans les deux cas, il s’agit d’un protectionnisme sélectif qui vise les pays accusés de concurrence déloyale. Cette vision du protectionnisme est toutefois très naïve : Mélenchon voudrait que la France échange uniquement avec des pays qui ont les mêmes standards sociaux et environnementaux que nous, ce qui limiterait considérablement le nombre de nos partenaires commerciaux. En outre, Mélenchon semble minimiser les lourdes conséquences d’une telle politique commerciale : la hausse des droits de douane augmenterait les coûts de production de nombreuses TPE et PME françaises et les obligerait à revoir complètement leurs filières d’approvisionnement ; les mesures de rétorsion prises par nos partenaires commerciaux lésés pénaliseraient quant à elles nos exportations en fermant de nombreux débouchés à nos entreprises.

Mélenchon est également le candidat de la rupture avec l’Union européenne. En effet, la politique économique défendue par Mélenchon est inapplicable dans le cadre des traités européens actuels. Pour pouvoir appliquer son programme économique fondé sur l’explosion de la dépense publique, Mélenchon est obligé de sortir du Pacte de stabilité de la zone euro, qui prévoit de maintenir le déficit public annuel sous le seuil de 3% du PIB. Le candidat veut aussi modifier les statuts de la Banque Centrale Européenne afin d’autoriser cette dernière à financer directement les Etats-membres. Mélenchon souhaite par ailleurs instaurer un contrôle des flux de capitaux, ce qui est incompatible avec les règles du marché unique européen. De même, pour imposer sa politique protectionniste, Mélenchon souhaite remettre en cause les traités de libre-échange conclus par l’Union européenne, tels que le Ceta. Comment le candidat veut-il procéder ? Dans un premier temps, il envisage de renégocier les traités européens avec les autres Etats-membres en agitant la menace d’une sortie unilatérale de la France. Mais si la renégociation échoue, alors le candidat mettra en application son « plan B » et sortira des traités européens, en promettant une « refondation démocratique, sociale et écologique de l’Europe ». Ce que propose en fait Mélenchon, c’est un « Frexit » différé. A la différence de Marine Le Pen, Mélenchon ne conçoit pas la sortie de l’UE comme une fin en soi mais comme un moyen en vue d’une hypothétique « refondation de l’Europe ». Mais à court terme, les deux candidats nous proposent la même chose : un grand saut dans l’inconnu. Car nul ne sait quelles seraient les conséquences d’une implosion de l’Union européenne : il est extrêmement naïf de penser que, sur les ruines de l’UE, les Etats pourront bâtir en quelques années une nouvelle entité européenne stable et démocratique. L’inquiétante montée des mouvements nationalistes et europhobes nous amène plutôt à penser qu’une implosion de l’UE constituerait une terrible régression pour les nations européennes. Prendre un tel risque serait irresponsable, surtout dans un contexte géopolitique particulièrement anxiogène marqué par la menace terroriste, la crise des migrants, les extravagances de Trump et les provocations de Poutine.

En matière de sécurité, les choix de Jean-Luc Mélenchon posent question. Le candidat veut mettre fin à l’état d’urgence, sortir de l’OTAN et désengager militairement la France en Afrique : dans le contexte d’une menace terroriste aiguë, de tels choix envoient un message de capitulation à nos ennemis. En matière de politique étrangère, les choix de Jean-Luc Mélenchon sont plutôt incongrus : le candidat souhaite que la France rejoigne l’ALBA (Alliance Bolivarienne pour les Amériques), une organisation de coopération regroupant Cuba, le Vénézuela, la Bolivie et le Nicaragua et comptant l’Iran et la Russie comme pays observateurs. La France n’a rien à faire dans cette organisation cimentée par l’antiaméricanisme : une adhésion de notre pays à l’ALBA constituerait un désaveu de nos alliés traditionnels, à commencer par les Etats-Unis.

Pour finir, il convient de souligner le caractère démagogique de certaines propositions défendues par Jean-Luc Mélenchon. Ce dernier veut par exemple instaurer un « droit opposable à l’emploi » en faisant de l’État « l’employeur en dernier ressort ». Créer un « droit opposable à l’emploi » ne résoudra pas le problème du chômage et ne donnera pas miraculeusement un emploi aux cinq millions de personnes qui en cherchent un. Et promettre une embauche par l’Etat en dernier ressort est encore plus démagogique puisque l’Etat ne pourra évidemment pas résorber le chômage à coups d’emplois publics. Les emplois publics en question représenteraient d’ailleurs pour l’Etat une charge financière colossale et impossible à chiffrer, qui viendrait s’ajouter aux 200 milliards d’euros de dépenses publiques supplémentaires projetées par Mélenchon. Le candidat de la France Insoumise veut également une loi interdisant les « licenciements boursiers », c’est-à-dire les licenciements qui n’obéissent à aucun motif économique et dont l’objectif est uniquement de faire monter le cours d’une action. Une telle loi serait toutefois difficilement applicable : comment déterminer si un licenciement collectif obéit à des raisons purement spéculatives ou s’il est motivé par des choix stratégiques ? C’est précisément pour cette raison qu’en février 2012, le Sénat (pourtant à gauche) a rejeté une proposition de loi déposée par les sénateurs communistes pour interdire les licenciements boursiers. De plus, le Code du Travail interdit déjà les licenciements économiques abusifs. L’interdiction des « licenciements boursiers » est le type même de la mesure populiste : une solution simpliste et séduisante qui instrumentalise le mécontentement populaire contre un ennemi tout désigné, « la finance ».

Mélenchon est-il dangereux ? Contrairement au portrait caricatural qu’en font certains de ses détracteurs, le candidat de la France Insoumise n’est pas un communiste fanatique ni un dictateur en puissance. Mais ses idées sont dangereuses en raison de l’incertitude qu’elles feraient peser sur l’avenir de la France et de l’Europe. Reste alors la question piège, celle qui est sur toutes les lèvres depuis qu’un sondage a crédité Mélenchon de 18% des intentions de vote : que voter si le deuxième tour oppose Mélenchon à Marine Le Pen ? Un tel scénario serait en effet cauchemardesque pour tous les centristes et, plus généralement, pour tous les démocrates europhiles, progressistes et modérés. Voter Le Pen serait exclu. Voter blanc serait dangereux et favoriserait, à coup sûr, Marine Le Pen. Voter Mélenchon pour faire barrage au FN ? Peut-être, mais sous certaines conditions. Il faudrait alors que Mélenchon ait le courage de faire ce que Chirac n’a pas fait en 2002 : qu’il s’engage à gouverner avec une large coalition républicaine dépassant les clivages idéologiques traditionnels. Si (et seulement si) Mélenchon prenait l’engagement de gouverner avec une large coalition incluant la gauche réformiste et, pourquoi pas, les centristes, il parviendrait alors peut-être à fédérer autour de sa candidature un front républicain…

À propos Francois-Xavier Bernard

Francois-Xavier Bernard
Membre du MoDem et fondateur du blog "Le Centriloque".
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Emmanuel Macron, head of the political movement En Marche !, or Onwards !, and candidate for the 2017 French presidential election, celebrates after partial results in the first round of 2017 French presidential election, at the Parc des Expositions hall in Paris, France April 23, 2017.   REUTERS/Benoit Tessier     TPX IMAGES OF THE DAY

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