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Et si nos politiques entraient enfin dans le XXIe siècle?

Ce qui est intéressant en période électorale, c’est qu’on ne s’ennuie jamais. Les polémiques s’enchaînent, et les médias s’en emparent avec gourmandise (hé oui, il faut bien faire de l’audimat…).
Après avoir vécu (subi?) la polémique sur les Gaulois, nous voici en présence de l’affaire du site Alstom de Belfort.

Car dans cette affaire, notre chef de l’Etat est déjà en campagne (peut-être même l’est-il toujours depuis 5 ans?). Tout comme c’est en tant que candidat que Nicolas Sarkozy parlait des Gaulois. Leur but commun : séduire une frange de leur électorat et ressouder les troupes en vue de la bataille présidentielle. Nous assistons avec ces 2 Présidents à la dictature de l’instant et à la tactique politicienne, au détriment du Long Terme.

Un État “stratège”, vraiment?

Revenons un instant sur le dossier Alstom, qui est très symptomatique du mal politique français. Nous sommes en face d’une entreprise qui n’est pas en difficulté, mais qui est en manque de débouchés pour son établissement de Belfort, spécialisé dans le TGV. Comme l’a bien décrit Gilles Savary, député PS, l’entreprise pâtit de sa stratégie du “tout TGV”, bien poussée par son actionnaire de référence, l’Etat Français. Or, les besoins en France et à l’étranger ne sont pas tous liés au TGV, et il manque à Alstom des produits intermédiaires pour répondre à d’autres segments de marché. Le problème d’Alstom pour saturer sa capacité de production est donc un problème stratégique.

Si le marché potentiel était suffisant pour faire tourner l’entreprise, tout le monde applaudirait, mais force est de constater le problème. L’objectif ici n’est toutefois pas de critiquer la stratégie de spécialisation d’Alstom, mais plutôt d’observer les décisions de l’Etat.

Les responsables politiques qui se sont succédés ont voulu leur fleuron technologique, ils l’ont obtenu et ça a été incontestablement une réussite. Alstom a massivement investi sur le TGV, mais a ignoré volontairement d’autres marchés potentiels, où la grande vitesse n’est pas demandée, et où le TGV est donc technologiquement trop bon, donc trop cher. De plus, on voit bien les problèmes liés au désinvestissement SNCF sur les lignes secondaires, avec des équipements à bout de souffle, non performants, régulièrement saturés et/ou en panne. Ce qui est un échec, avouons-le, pour l’Etat-actionnaire de Alstom et SNCF, à vocation de service public.

Quand malheureusement la direction d’Alstom met tout le monde au pied du mur en annonçant l’arrêt de la production à Belfort (sans concertation apparente avec son actionnaire et client?), la réaction politique n’a pas tardé : on va mettre plus d’un demi milliard d’euros pour maintenir l’activité sur le site. Rien que ça! Ce n’est pas comme si nous n’avions pas une dette monstrueuse à rembourser, et des objectifs ambitieux de réduction des déficits publics…

L’Etat a donc décidé de subventionner du “non-chômage supplémentaire” à une échelle gigantesque, avec l’argent du contribuable, évidemment. Tout pour éviter d’avoir un bilan social désastreux lors de la campagne présidentielle de 2017. C’est sûr qu’après Florange, Belfort serait de trop.

Là où on va encore plus loin dans le style Shadock, c’est que l’Etat décide, à travers ses responsables censés représenter le peuple français, de commander des TGV qui ne rouleront pas à grande vitesse, car les voies où ils rouleront ne sont pas équipées pour. Des TGV, mais pas GV. Comme si La Poste commandait des Ferrari pour faire ses tournées de facteur!

En résumé, ce ne sont pas les responsables de notre pays qui prennent cette décision, mais des hommes politiques en campagne électorale, qui se servent de l’argent des Français à des fins clientélistes! D’ailleurs, ils n’hésitent pas à dire à qui veut l’entendre qu’ils ont “sauvé Alstom”… Cerise sur le gâteau (je serais tenté de dire patate chaude sur le gâteau), le coût de ces décisions sera imputé au budget du gouvernement suivant, petit cadeau empoisonné pour la droite si elle revient aux manettes. De la bonne et fine tactique politicienne!

L’Etat tel qu’il devrait être

On voit bien le vice de la situation actuelle : l’argent de la collectivité n’est pas utilisé pour préparer l’avenir, mais pour réparer les défaillances des décisions passées, et pour servir personnellement aux responsables en place. Ce faisant, sur ce cas comme pour tant d’autres, il n’est pas étonnant de voir notre dette grossir de manière ininterrompue.
Pourquoi l’Etat est donc un aussi piètre actionnaire ? Qu’est-on en droit d’attendre d’un État moderne et efficace ? Quelles sont les missions prioritaires auxquelles il devrait se consacrer ?

Arrivés au pouvoir, droite et gauche confondues, les politiques ont un sentiment de toute puissance assez narcissique. Les meetings surchauffés leur font tourner la tête! Ils veulent se mêler de tout, car je les crois sincèrement convaincus de leur supériorité. Mais comment de hauts fonctionnaires souvent énarques, à compétences administratives, peuvent-ils vraiment diriger des industries?

En vérité, ils n’ont pas les compétences requises, mais ils ont la légitimité légale puisque actionnaires. Les entreprises contrôlées par la puissance publique sont souvent instrumentalisées, ce qui nuit à leur cohérence stratégique et à leur efficience sur le marché, surtout dans un environnement concurrentiel difficile.
Un État moderne devrait en priorité comprendre qu’il est une partie d’un tout : le monde. Il lui faut donc faire preuve d’humilité.

Son domaine de prédilection est le régalien, pour assurer les besoins primaires des citoyens, notamment la sécurité. Dans ce domaine, même s’il y a toujours des efforts à faire, on peut donner un bon point, l’armée, les renseignements et les forces de l’ordre ayant quand même de bons résultats au global, malgré quelques ratés.

Mais en matière économique, plutôt que de décider de tout (quelques restes du soviétisme?), il devrait viser à créer les conditions nécessaires à la croissance de l’activité. En effet, les entreprises industrielles travaillent sur le temps long, quand les responsables politiques veulent des résultats immédiats. C’est donc une opposition de principe, par nature inconciliable.

Au lieu de cela, l’Etat devrait plutôt commencer par stabiliser les règles du jeu. Le changement permanent est un facteur de forte inquiétude pour les investisseurs, notamment en ce qui concerne le droit et la fiscalité. Beaucoup choisissent ainsi d’autres pays pour s’implanter, quel dommage! Il est donc urgent de définir des règles efficaces, pragmatiques (donc non-dogmatiques), pour le Long Terme, et de s’y tenir. Sûrement qu’une majorité nouvelle peut voir le jour autour de grands principes assez partagés aujourd’hui.

L’Etat a aussi pour mission de favoriser la confiance des acteurs économiques. Leur faire comprendre qu’ils ne seront pas piégés, leur donner des gages sur l’avenir. Pour cela, il doit faire sa mue, et prouver qu’il est capable de gérer son budget avec sérieux, de réformer son fonctionnement et ses strates pour améliorer son ratio coût/service, mais aussi de créer les conditions économiques favorables au développement des entreprises. Rien de tel pour cela que de faire un réel choc de simplification!

L’essentiel aujourd’hui est de favoriser l’investissement, seul à même de créer des emplois durables et pérennes. Mais pas de faire soi-même les investissements! Il est donc nécessaire de revoir la fiscalité sur le capital, d’une part pour que les entreprises n’aient plus “peur” de faire des bénéfices, mais aussi pour permettre l’espoir d’enrichissement de la population. J’ajoute que l’enrichissement doit aussi concerner les classes populaires et les classes moyennes. On peut citer par exemple les incitations fiscales sur l’immobilier, qui permettent au secteur de redécoller après des années de marasme.

L’Etat moderne doit enfin favoriser l’émergence de secteurs d’avenir, là où la guerre économique mondiale se jouera demain. Il doit donc construire sa législation, ses infrastructures, pour permettre à des entreprises de se créer et de se développer sur ces secteurs. On peut par exemple penser aux énergies vertes, aux objets connectés, aux biotechnologies, au Big Data, etc… L’exemple qu’on ne veut plus voir, c’est la filière photovoltaïque française décimée en l’espace de quelques années. L’objectif que doivent donc se fixer les responsables politiques du XXIème siècles, ce n’est pas de faire, mais de permettre aux agents économiques de faire le plus efficacement possible. Tout un programme!

À propos Pragmocrate

Pragmocrate
Cadre commercial et marketing. Professionnel de l'industrie de la construction.
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