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Le programme économique de Macron est-il de droite ou de gauche?

Les détracteurs d’Emmanuel Macron lui ont longtemps reproché de ne pas avoir de programme économique cohérent. Pourtant, le candidat dispose d’un programme économique solide et chiffré, élaboré par des pointures de l’économie telles que Jean Pisani-Ferry (professeur d’économie à Sciences Po Paris et à Berlin) et Philippe Aghion (qui a enseigné l’économie au MIT, à Oxford et à Harvard). L’ambition de ce programme est de déverrouiller l’économie tout en protégeant mieux les travailleurs. S’agit-il d’un programme économique de gauche ou de droite ? Pour répondre à cette question, encore faut-il savoir ce qu’est une politique économique de « gauche » ou « de droite ». Or, sur ce point, il n’existe pas de véritable consensus. Dans un ouvrage paru en 2006 et intitulé Politique économique de droite, politique économique de gauche, le Cercle des Economistes (un groupe de réflexion réunissant une trentaine d’économistes et d’universitaires de différentes sensibilités) avait démontré que les politiques économiques « de gauche » et « de droite » partageaient très souvent le même objectif : trouver le meilleur équilibre possible entre efficacité économique et protection sociale. La principale différence réside en fait dans le positionnement du curseur : les gouvernements de droite ont plutôt tendance à faire pencher la balance du côté de l’efficacité économique, tandis que les gouvernements de gauche font plutôt pencher la balance du côté de la protection sociale. Une autre différence réside dans le degré d’acceptation des inégalités : les gouvernements de droite ont tendance à considérer qu’une accentuation des inégalités sociales est inévitable pour redynamiser l’économie, tandis que la gauche considère la lutte contre les inégalités comme un enjeu incontournable. Mais il est clair, aujourd’hui, que la droite et la gauche de gouvernement fondent leur politique économique sur les mêmes présupposés : acceptation de l’économie de marché, de la mondialisation libérale et du cadre européen, lutte contre le déficit public, nécessité d’améliorer la compétitivité des entreprises.

Une « politique de l’offre » assumée

Pour relancer l’emploi et l’investissement privé, Macron veut améliorer la compétitivité des entreprises par des baisses d’impôts et par un assouplissement du Code du Travail : cette politique d’inspiration libérale rappelle évidemment les « politiques de l’offre » menées par la plupart des gouvernements de droite européens, même si certains gouvernements de gauche ont essayé, eux aussi, de renforcer la compétitivité des entreprises, notamment le gouvernement Ayrault avec le « Pacte de responsabilité » ou le gouvernement Valls avec la loi El-Khomri. En ce qui concerne le droit du travail, Macron souhaite passer d’un système de régulation par la loi à un système de régulation par le contrat : c’est la négociation entre syndicats et patronat qui devra définir les normes au niveau de la branche ou de l’entreprise. Macron ne remet pas en cause la loi El-Khomri et souhaite même aller plus loin dans l’assouplissement du Code du Travail : les principes fondamentaux du droit du travail resteront inscrits dans la loi, mais les règles relatives à l’organisation du travail seront fixées par des accords majoritaires ou des référendums d’entreprise. Quant à la durée du travail, le candidat veut assouplir les 35 heures mais pas les supprimer. Macron considère en effet que les 35 heures ne sont pas adaptées à tous les secteurs d’activité : il entend conserver la référence légale aux 35 heures mais souhaite que le temps de travail effectif des salariés puisse être négocié au sein de chaque entreprise. Macron se démarque donc de François Fillon qui, lui, souhaite abroger les 35 heures et supprimer toute référence à une durée légale du travail pour les salariés du secteur privé. Par ailleurs, Macron souhaite baisser l’impôt sur les sociétés de 33,3 à 25% pour aligner le régime français sur la moyenne européenne. Il veut également remplacer le CICE par des allègements de charges permanents, et supprimer le RSI (Régime Social des Indépendants), un système complexe qui ne fonctionne pas et qui soulève de vives critiques depuis des années en raison des sommes souvent disproportionnées réclamées aux travailleurs indépendants. Macron ne souhaite pas supprimer l’ISF mais le réformer en faisant sortir de l’assiette le capital productif : seuls les patrimoines immobiliers seraient donc pris en compte pour le calcul de l’ISF. L’objectif d’une telle réforme est de « privilégier le risque face à la rente ». Cette réforme de l’ISF est une rupture avec les choix de François Hollande ainsi qu’avec toute la tradition socialiste : créé en 1982 sous la présidence de François Mitterrand, l’ISF est un véritable totem qu’aucun gouvernement de gauche n’a jamais voulu remettre en cause.

Une politique de soutien au pouvoir d’achat

Emmanuel Macron a élaboré plusieurs mesures visant à augmenter le pouvoir d’achat. Il souhaite par exemple que 80% des Français soient exonérés de la taxe d’habitation, un impôt que le candidat considère comme injuste parce qu’il frappe davantage les communes pauvres que les communes riches ; le manque à gagner pour les collectivités locales, estimé à 10 milliards d’euros, serait compensé par des dotations de l’Etat. Cette mesure de justice fiscale qui a pour but d’augmenter le pouvoir d’achat des classes moyennes et populaires pourrait être assimilée à une mesure « de gauche ». Plusieurs mesures visent également à revaloriser la rémunération des salariés sans augmenter le coût du travail : Macron veut que les heures supplémentaires soient exonérées de cotisations et que tous les smicards ayant droit à la prime d’activité touchent l’équivalent d’un « 13ème mois », soit une augmentation de 100 euros nets par mois. Par ailleurs, Emmanuel Macron souhaite que l’assurance-chômage soit financée par l’impôt et non plus par les cotisations sociales des salariés : c’est pourquoi le candidat propose de réduire les cotisations et d’augmenter, en contrepartie, la CSG. Il est vrai que la CSG est parfois considérée comme un impôt injuste car non progressif, mais il ne faut pas oublier qu’elle a été mise en place par un gouvernement de gauche (celui de Michel Rocard en 1990) dans le but de diversifier les sources de financement de la protection sociale : la CSG présente un avantage non négligeable par rapport aux cotisations sociales puisqu’elle est prélevée sur tous les revenus (y compris ceux du capital) tandis que les cotisations sont prélevées uniquement sur les revenus du travail. Cette réforme permettrait donc d’augmenter les salaires réels tout en élargissant la base de financement de l’assurance-chômage.

Le retour à l’équilibre budgétaire

Emmanuel Macron a clairement exprimé sa volonté de respecter le Pacte de stabilité de la zone euro, à savoir : maintenir le déficit public sous le seuil de 3% du PIB. Actuellement, la France ne respecte pas ce critère. Pour réduire le déficit de l’Etat, Emmanuel Macron a élaboré un plan d’économie de 60 milliards d’euros sur 5 ans ; le candidat prévoit de supprimer 120.000 postes de fonctionnaires dont 70.000 dans la fonction publique territoriale : cet effort est certes important mais beaucoup plus réaliste que les 100 milliards d’euros d’économie et les 500.000 suppressions de postes promis par François Fillon. Les politiques visant à rétablir l’équilibre des finances publiques, souvent qualifiées à tort de « politiques d’austérité », ne sont ni de droite ni de gauche : à vrai dire, tous les gouvernements de droite et de gauche admettent aujourd’hui la nécessité d’assainir les finances publiques. Les différences portent surtout sur l’ampleur des efforts et sur les domaines concernés par les économies budgétaires : alors que François Fillon envisage des suppressions massives de postes dans la fonction publique hospitalière et l’Education Nationale, Macron veut sanctuariser l’Education et la Santé, et faire peser l’essentiel de l’effort sur les administrations territoriales.

La sécurisation des parcours professionnels

Pour lutter contre les emplois précaires, Macron envisage la création d’un système de « bonus-malus » : les employeurs qui entretiennent la précarité en recourant de façon abusive aux CDD paieront plus de charges, et ceux qui créent des emplois stables en paieront moins. Mais la réforme la plus spectaculaire défendue par Macron est celle de l’assurance-chômage : le candidat propose carrément la nationalisation de l’Unédic et l’extension de l’assurance-chômage aux travailleurs indépendants, aux agriculteurs et aux professions libérales. L’objectif est ici d’encourager la prise de risques en protégeant de façon plus efficace les travailleurs indépendants contre les accidents professionnels. Macron souhaite aussi que les salariés démissionnaires bénéficient de l’assurance-chômage, dans des conditions toutefois très encadrées afin d’éviter les abus : le but assigné à cette réforme est d’améliorer la protection des salariés en souffrance qui hésitent à quitter leur emploi de peur de tomber dans la précarité. Ce qui se dessine en filigrane derrière cette réforme radicale, c’est en fait l’idée d’un droit universel à l’assurance-chômage. En contrepartie, Emmanuel Macron veut imposer un suivi plus contraignant aux bénéficiaires des allocations chômage, notamment l’obligation d’accepter un emploi au bout de la deuxième proposition, dès lors que la rémunération et la qualification sont équivalentes à celle du précédent emploi occupé : au bout du deuxième refus, les allocations seraient donc suspendues.

Ni gauche, ni droite : un compromis social-libéral

Finalement, peut-on déterminer si le programme économique de Macron est de gauche ou de droite ? Poser la question dans ces termes, c’est déjà s’enfermer dans un schéma bipolaire que Macron et ses partisans veulent justement dépasser. L’approche de Macron se veut beaucoup plus pragmatique : la question qui importe à ses yeux, ce n’est pas de savoir si son programme est de gauche ou de droite, mais de savoir s’il est efficace. Certaines mesures libérales évoquent plutôt un programme de droite mais d’autres mesures, plus sociales, évoquent davantage un programme de gauche à orientation social-démocrate. En fait, le programme économique défendu par Macron n’est ni de gauche, ni de droite : il s’apparente plutôt à une forme de compromis social-libéral. Dans ce programme, il y a un peu de Tony Blair, un peu de Gerhard Schröder et un peu de social-démocratie scandinave. Le principe de « flexisécurité » est en effet au cœur de la vision économique de Macron : davantage de flexibilité pour les entreprises, et davantage de sécurité pour les travailleurs.

Ainsi, le projet économique de Macron pourrait être considéré comme une variante française de la « troisième voie » théorisée par le sociologue britannique Anthony Giddens, car il s’agit bien d’adapter notre économie à la mondialisation sans pour autant renoncer à l’exigence de progrès social. Le programme économique de Macron n’a rien de « sexy », il ne comporte aucun symbole, aucune promesse démagogique, aucune mesure phare susceptible d’enthousiasmer les foules : il s’agit avant tout d’un programme technique et pragmatique. Et c’est justement pour cette raison qu’il échappe à toute tentative de classification simpliste à « gauche » ou à « droite ».

À propos Francois-Xavier Bernard

Francois-Xavier Bernard
Membre du MoDem et fondateur du blog "Le Centriloque".
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Emmanuel Macron, head of the political movement En Marche !, or Onwards !, and candidate for the 2017 French presidential election, celebrates after partial results in the first round of 2017 French presidential election, at the Parc des Expositions hall in Paris, France April 23, 2017.   REUTERS/Benoit Tessier     TPX IMAGES OF THE DAY

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