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Les responsabilités du Centre en France après Trump

Le centre est une famille éparpillée : il y a les « frères ennemis » du MoDem et de l’UDI. Mais on ne devrait jamais oublier les Radicaux de Gauche et ceux qui voient un espoir en Macron. Au niveau des leaderships, oppositions certaines. Au niveau des militants, surtout la « jeune » génération, ce qui nous unit est bien plus important que ce qui nous oppose. Et aujourd’hui, au-delà des petites chapelles et des petites différences, nous nous retrouvons bousculés par des évènements extérieurs.

Trump, Brexit… des victoires de l’extrême-droite

L’Amérique qu’on a présenté trop vite comme « post-raciale » va faire succéder au premier président noir de l’Histoire des Etats-Unis un homme qui aura été soutenu par le Ku Klux Klan. On nous parle d’une révolte des classes blanches « pauvres », mais ce ne sont pas les « pauvres » qui ont voté pour Trump en masse. Si on ose dire les choses telles qu’elles sont, la victoire de Trump, c’est celle d’un discours de peur de l’Amérique de classe moyenne blanche, secouée par la crise de 2008 (mais elle n’a pas été la seule), et qui a peur du changement.

Pour tous les centristes, proche du PS ou des Républicains, cela devrait particulièrement nous marquer. Le discours de Trump, c’est celui des extrêmes droites française et européenne. C’est celui qui s’oppose radicalement aux fondements philosophiques du centre : christianisme ouvert et/ou humaniste. Et ce n’est pas la première fois que l’extrême droite réussit à conquérir une grande nation : le Brexit qui l’emporte en Grande-Bretagne, c’est aussi un discours xénophobe, de repli sur soi, de peur de l’avenir, qui l’a emporté.

Si nous sommes sérieux à propos des valeurs centristes, cela doit nous interpeler. Si cela ne touche pas certains d’entre nous, il faut aimablement leur demander de rendre leur carte du parti centriste auquel ils sont affiliés, et de rejoindre les Sarkozystes chez les Républicains, ou même d’aller plus à droite : être centriste, cela a un sens. En tout cas pour celles et ceux qui sont vraiment centristes, le Brexit et l’élection de Trump doivent provoquer un choc salutaire: nos valeurs en tant que centristes sont fondamentalement en danger.

Temps pour tous les centristes de prendre leurs responsabilités

Cela devrait dire une chose : déjà, sortir de la demi-mesure. On confond trop souvent centrisme et mollesse. Ce qui n’a aucun sens : si le centrisme, c’est d’abord des valeurs politiques fortes, on doit pouvoir les exprimer aussi bruyamment que celles de droite et de gauche. D’autant plus que contrairement aux idées d’extrême droite et d’extrême gauche, nos idées, à nous, ne sont pas doctrinaires, simplistes ou stupides.

Cela doit avoir pour conséquence d’être capable de montrer du doigt toutes les compromissions face au discours de Trump / des extrêmes droites. Ainsi les réactions de Donald Tusk et de Jean-Claude Juncker, les soit-disants voix de l’Union Européenne, à l’élection de Trump, ont été trop molles. Dignes des caricatures extrémistes faisant des leaders pro-UE des technocrates lâches. Trump s’est affiché avec Nigel Farage, l’un des pires ennemis de l’UE. Un anti-UE, quelqu’un qui a applaudi au Brexit, donc à un refus de l’Europe politique, cela ne se félicite pas. Et défendre une position inverse, ce n’est pas être centriste : c’est juste manquer de colonne vertébrale.

Le double choc anglais et américain doit aussi rappeler les centristes, de l’UDI au Mouvement « En Avant ! », à leurs responsabilités concrètes, dans l’optique des élections présidentielles de 2017.

L’UDI et le MoDem sont associés aux Républicains : si nous voulons éviter de voir l’extrême droite prendre le pouvoir en 2017, nous devons nous assurer de voir vaincre pendant les Primaires, puis plus tard lors des Législatives, des acteurs politiques très clairs dans leur refus des idées du FN. En clair, pour les Primaires, cela veut dire : tout sauf Sarkozy et Poisson. On ne peut pas être du centre et Sarkozyste, il faut oser le dire une bonne fois pour toutes. L’ancien président représente une droite pouvant accepter l’alliance avec l’extrême droite. Et pour un centriste, humaniste, chrétien-démocrate, c’est tout simplement inacceptable. Si les Républicains veulent une union du Droite et du Centre, il faut qu’ils choisissent un candidat compatible avec nos valeurs. Les centristes doivent militer dans ce sens, ouvertement, sans complexes. Si nous ne sommes pas écoutés par la droite, il faudra soutenir un autre candidat… même s’il vient du gauche. Parce que quand on est centriste, pas de débat possible : on ne peut choisir la logique « ni FN ni gauche ». Pour nous, c’est forcément non à l’extrême droite.

Le centre-gauche a lui aussi une responsabilité : pousser le Parti Socialiste, s’il est leur allié, à choisir un candidat pas unanimement détesté, y compris par une partie de la gauche. Donc en bref, pas Valls, pas Hollande. Parce qu’être centriste, cela doit vouloir dire avoir des valeurs de liberté, et avoir des convictions. Quelles sont les convictions du gouvernement actuel ? Pas des idéaux de gauche, c’est bien clair. Pas du centre non plus : au mieux, ce sont des managers. Et pas de très bons gestionnaires, peut-on ajouter. Le centre-gauche devrait aussi éviter une dérive vers une logique gauchiste : nos valeurs, au centre-droit et au centre-gauche, doit nous pousser à repousser le simplisme des extrêmes.

Penser une politique étrangère centriste cohérente, après Trump

Enfin, il est temps que les centristes pensent une politique étrangère compatible à leurs valeurs et aux intérêts de la France. Trop de centristes se sont présentés comme atlantistes. C’était compréhensible du temps de la Guerre froide : plus maintenant. Comment être encore atlantiste avec une Amérique dominée par Trump? Plus généralement, comment l’avoir été après la guerre en Irak de 2003 et les atteintes aux droits de l’Homme sous l’Administration Bush ? En fait, beaucoup d’électeurs centristes, gaullistes, ou militants du centre-gauche ne sont pas atlantistes sans être anti-américains. Le leadership centriste n’a pas toujours suivi, peut-être pour des raisons plus personnelles que politiques, ou par peur de la politique russe face à l’Europe.

Mais il serait temps d’évoluer : le discours centriste sur la politique étrangère en France peut être fort s’il est cohérent. Défense des droits humains partout, de la même manière, sans oubli, sans « choix » de ses victimes. Mais aussi bon sens, et compréhension que la France n’est plus une grande puissance qui peut imposer sa volonté au monde. Et surtout, opposition à l’agressivité néo-impérialiste autant des Américains quand ils mènent une mauvaise politique (exemple : guerre d’Irak de 2003) que des Russes quand ils se montrent trop agressifs (exemple : guerre contre la Géorgie en 2008). Par contre, le sens des réalités veut dire accepter plus ouvertement le fait que nous vivons dans un monde multipolaire : la Russie de Poutine n’est pas un monstre à opposer systématiquement, mais une grande puissance qui ne nous respectera que lorsque nous nous montrerons consistants et forts nous-mêmes. Ce qui veut dire, pour les centristes, défendre une Europe plus solide, peut-être, demain, plus fédérale, et avec sa propre armée. Car nos valeurs ne seront bien défendues que par une Europe Puissance…

À propos Didier Chaudet

Didier Chaudet
Géopolitologue, spécialiste de l'environnement régional afghan (Iran, Pakistan, Asie Centrale post-soviétique).
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